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UGAACO, catalyseur du développement de l’activité aéroportuaire en Afrique

Publié le:  mardi, 09.04.2019

Lancée il y a douze ans et basée à Dakar au Sénégal, l’Union des Gestionnaires Aéroportuaires d’Afrique Centrale et de l’Ouest (UGAACO) regroupe dix-sept aéroports* dans seize pays d’Afrique centrale et de l’Ouest. Simon Kabore (photo), le secrétaire exécutif de l’Union, fait le point sur les avancées et les challenges de cet instrument panafricain qui veut être le catalyseur du développement de l’activité aéroportuaire en Afrique.

Les aéroports à travers le continent priorisent aujourd’hui la mutualisation et la coordination des efforts pour relever les défis du développement du transport aérien. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’UGAACO qui entend jouer son rôle pour la promotion du développement de l’activité aéroportuaire au profit de l’ensemble de ses membres.

Ancien gestionnaire des aéroports du Burkina Faso et Directeur de l’aviation civile de son pays, Simon Kabore a pris la tête du secrétariat exécutif de l’Union en 2017. Avec son double regard d’exploitant et de régulateur, il estime que l’« UGAACO est un véritable catalyseur des relations professionnelles qui lient à la fois les aéroports membres et ceux du reste du monde ».

L’UGAACO représente actuellement un marché de près de 10 millions de passagers par an. Selon lui, le développement des aéroports membres est plutôt appréciable, compte tenu des tendances à la hausse du trafic aérien au cours des prochaines décennies. « Les actions de réorganisation de la gestion aéroportuaire, avec une implication des privés dans l’actionnariat des aéroports et le dynamisme affiché des gestionnaires, sont autant de signes d’optimisme ».

Pour accompagner cette dynamique croissante, les membres statutaires de l’Union ont approuvé, lors de la 12e Assemblée annuelle au Burkina Faso l’an dernier, « un programme d’activités audacieux qui tient compte des besoins régionaux des aéroports ». Celui-ci a été élaboré en concertation avec la Commission Africaine de l’Aviation Civile (CAFAC) et le bureau régional de l’OACI.

Un des points prioritaires de ce programme porte sur la certification de l’ensemble des aéroports membres de l’Union. « La problématique de la certification à mon sens, et c’est là un avis d’expert, repose sur la gestion des infrastructures, la formation, la disponibilité en personnel technique pertinent, les procédures opérationnelles », explique Simon Kabore. A ce jour, la moitié des aéroports de l’Union est certifiée, les autres soit en instance de certification, soit bien engagés dans le processus. Plusieurs aéroports, à l’instar de ceux d’Abidjan, de Lomé ou encore de Dakar, sont certifiés OACI et disposent de l’Agrément TSA (Transportation Security Administration) leur permettant de traiter des vols au départ et en provenance des États-Unis.

L’Union travaille aussi à sensibiliser les aéroports membres à adhérer au programme Airport Carbon Accréditation. « Sur ce plan, tout aéroport quelle que soit sa taille doit assumer ses responsabilités quant à son impact sur sa communauté et le milieu environnant ». Depuis l’étendue du programme en juin 2013 à la région Afrique, l’aéroport d’Abidjan se situe au niveau neutralité carbone et celui de Libreville au niveau 2 : réduction.

Les taxes et redevances aéroportuaires, toujours élevées sur les aéroports africains, préoccupent également l’UGAACO. L’Union oriente désormais ses réflexions sur les mécanismes alternatifs pour accroître les revenus de ses aéroports membres. « Nous organisons des séminaires de réflexion sur l’amélioration des recettes extra-aéronautiques et l’optimisation des investissements… Tout ce qui est source de profit sur l’aéroport doit être judicieusement exploité, tout en veillant à ne point compromettre les objectifs en matière de sécurité, de sûreté et de l’environnement ».

Pour une meilleure rentabilisation des aéroports membres de l’Union, Simon Kabore prône l’implication du secteur privé et la mutualisation des investissements. « Le secret de la rentabilité consiste, me semble-t-il, à l’implication des privés dans la gestion de nos aéroports… La taille de nos plateformes, et par conséquent l’étroitesse des ressources, devrait inviter les gestionnaires à privilégier la mutualisation de certains postes de dépenses». Les concessions actuellement en cours sur plusieurs aéroports membres semblent offrir des résultats probants, se félicite-t-il.

Il pense que le lancement du Marché Unique du Transport Aérien (MUTAA) en janvier 2018 aura un effet multiplicateur sur le développement des infrastructures aéroportuaires en Afrique. Il indique à cet effet que l’UGAACO se positionne comme un contributeur aux réflexions « sur l’harmonisation des redevances et taxes, et la meilleure régulation de l’activité » pour faciliter la pleine mise en oeuvre du ciel africain

Dans sa démarche toujours portée vers la mutualisation des efforts et le partage des expériences, l’UGAACO a signé plusieurs conventions de partenariat notamment avec SITA et l’ENAC (École nationale de l’aviation civile) en France. Elle peaufine actuellement les accords de collaboration avec l’ACI. Kabore envisage par ailleurs la formalisation d’une plateforme de collaboration officielle avec la CAFAC, l’OACI et l’Union des Aéroports Français et Francophones Associés (UAF&FA).

La réussite des ambitions de l’UGAACO passe indubitablement par la maîtrise des finances et la bonne gouvernance, insiste Simon Kabore. Pour mener à bien le déploiement du plan d’action de l’Union, il mise sur l’amélioration de ses ressources financières. Depuis juin 2018, le budget global a connu une évolution de l’ordre de 506%, avec une tendance en 2019 estimée à 640% (par rapport aux exercices budgétaires 2017 et antérieurs). À terme, explique-t-il, « nous devons imaginer des ressources nouvelles pour suppléer voire remplacer les cotisations des membres ».

Avec un budget conséquent, l’union pourra monter d’un cran dans le renforcement de son équipe par le recrutement des compétences et l’amélioration de la masse salariale. Il travaille actuellement sur la mise en place d’un manuel des procédures administratives et financières, lequel garantira la transparence dans le fonctionnement des instances.

UGAACO tiendra sa 13e assemblée annuelle du 12 au 13 juillet 2019 à Bamako au Mali. L’Union se positionne plus que par le passé dans une perspective d’élargissement et de consolidation de ses bases afin de créer une bonne synergie où l’échange d’informations, d’expériences et d’expertise entre membres serait systématisé, et où la mise en commun des stratégies et moyens de croissance serait renforcée. « Ces espérances, conjuguées avec l’avènement du MUTAA, devraient raffermir à terme, la coopération sud-sud des gestionnaires d’aéroports et conséquemment l’amélioration de la gestion de leurs plateformes », pense Simon Kabore. (Journal de l’Aviation)

*Les 17 aéroports membres sont composés des aéroports internationaux de : Abidjan (Côte d’Ivoire), Bamako-Senou (Mali), Bangui-M’Poko (Centrafrique), Conakry Gbessia (Guinée), Cotonou (Benin), Dakar Blaise Diagne (Sénégal), Libreville (Gabon),  Ouagadougou (Burkina Faso), Yaoundé-Nsimalen (Cameroun), Maya Maya de Brazzaville (Congo), Malabo (Guinée Equatoriale), Ndjamena (Tchad), Niamey (Niger) Nouakchott Oumtounsy (Mauritanie), Osvaldo Vierra de Bissau (Guinée), Lomé-Tokoin et Niamtougou (Togo).