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Crashs du 737 MAX : 100 millions de dollars promis par Boeing

Publié le:  jeudi, 04.07.2019

Boeing s’engage à verser 100 millions de dollars « aux familles et aux communautés » touchées par les accidents des 737 MAX 8 de Lion Air et Ethiopian Airlines. Une annonce diversement accueillie par les représentants des familles des 346 victimes.

« À la veille de l’Independence Day, la fête nationale américaine » comme le précise son communiqué, l’avionneur américain a annoncé la création d’un fonds de 100 millions de dollars « pour répondre aux besoins des familles et des communautés meurtries par les tragiques accidents » des vols JT610 de la low cost indonésienne Lion Air en octobre dernier et ET302 de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines en mars. Cette somme permettra aux familles touchées « de faire face aux dépenses d’éducation, aux difficultés et aux frais de subsistance qu’elles rencontrent, ainsi que de répondre aux besoins des programmes communautaires et d’accompagner le développement économique des collectivités concernées », précise Boeing qui « œuvrera localement en partenariat avec les autorités et des organisations sans but lucratif pour répondre de façon optimale à ces besoins ». Cet investissement initial « s’échelonnera sur plusieurs années ». Un porte-parole a précisé qu’il n’aura « aucune incidence » sur les litiges en cours ; « nous avons évalué diverses manières d’aider les familles et les communautés touchées, et avons déterminé qu’il s’agissait là d’une étape constructive que nous pouvons franchir maintenant », a-t-il expliqué, soulignant que Boeing ne commente pas directement les poursuites individuelles.

Boeing publiera « prochainement » des informations complémentaires à ce sujet. Et conformément aux procédures relatives au versement de dons par ses employés, les salariés du Groupe auront également la possibilité de participer aux initiatives mises en œuvre en faveur des familles et des communautés touchées par les accidents ; Boeing doublera le montant des dons versés par ses employés jusqu’au 31 décembre 2019.

« Tous les employés de Boeing sont dévastés par les pertes tragiques en vies humaines provoquées par ces deux accidents. Ces pertes continueront de peser lourdement sur nos cœurs et de meurtrir nos esprits pendant de nombreuses années. Nous présentons à nouveau nos plus sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes qui ont péri à bord de ces avions, et nous espérons que cette première initiative pourra leur apporter un peu de réconfort », a déclaré Dennis Muilenburg, Président-directeur général de Boeing. « Nous savons que chaque passager qui prend place à bord de l’un de nos avions nous accorde sa confiance. Nous mettons tout en œuvre pour recouvrer la confiance de nos clients et des voyageurs du monde entier au cours des mois à venir », ajoute le dirigeant.

Outre le fait que le montant affiché se situe entre les prix d’un MAX 7 et d’un MAX 8, l’annonce de mardi a été diversement accueillie en particulier par les avocats des familles de victimes. Pour Justin Green qui représente des familles de victimes de l’accident d’Ethiopian Airlines, « cela pourrait être de l’argent bien dépensé » s’il sert par exemple au travail des ONG dont de nombreux membres ont péri dans l’accident au printemps ; mais la création du fonds « n’affectera pas » la stratégie légale de ses clients, qui veulent « vraiment savoir ce qui s’est passé ». Un autre avocat, Robert Clifford (représentant 23 familles), suggère que l’argent pourrait être utilisé pour accélérer le retour des restes. En revanche Nomi Hussain (sept plaintes de familles pour le crash du vol ET302) a déclaré à la BBC que « certains de nos clients ne sont pas intéressés par une compensation financière à ce stade », ajoutant que Boeing a « placé les profits avant la sécurité pour lancer leur avion best-seller ».

Rappelons que Boeing est selon le Wall Street Journal en train de négocier un règlement à l’amiable avec certaines des familles de victimes du crash de Lion Air ; un tribunal de Chicago se penchera sur le sujet le 17 juillet prochain,  avec espoir de règlement à la fin août. Ce seul accident a déjà entrainé plus de 50 plaintes, environ autant que celles déposées dans celui du vol d’Ethiopian Airlines. Le constructeur fait en outre l’objet d’une enquête pénale du ministère de la Justice des États-Unis sur le développement du 737 MAX, une première dans le pays depuis le crash de ValuJet en mai 1996 (quand un McDonnell-Douglas DC 9 reliant Miami à Atlanta s’était écrasé peu après le décollage suite à un incendie en soute, tuant les 110 personnes à bord ; la société ayant chargé des produits dangereux dans la soute avait été condamnée). Et plus de 400 pilotes américains ont entamé un recours collectif contre Boeing, pour « dissimulations sans précédent sur les défauts de conception du MAX » (il sera entendu à Chicago fin octobre).

Dans les deux accidents, les enquêtes préliminaires ont mis en cause le système MCAS anti-décrochage des monocouloirs remotorisés. Le constructeur a depuis reconnu une « erreur » dans la gestion des alarmes optionnelles du cockpit des 737 MAX, mais la découverte par la FAA fin juin d’un nouveau bug dans le logiciel a reporté à septembre au plus tôt le retour dans le ciel des 737 MAX cloués au sol depuis mars ; le mois dernier, un dirigeant de la FAA évoquait plutôt décembre. (Air Journal, photo: Basarnas)