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Africa World Airlines, la compagnie qui veut positionner Accra comme le hub incontournable de l’Afrique de l’Ouest

Publié le:  lundi, 02.09.2019

S’il y a une région où l’on observe une mutation profonde du transport aérien sur le continent, c’est bien celle de l’Afrique de l’Ouest. Cette région, qui représente près de 17% du trafic aérien continental, a connu au cours de ces dix dernières années l’entrée en compétition de nouveaux protagonistes. C’est à la faveur de cette nouvelle dynamique qu’Africa World Airlines a vu le jour, il y a sept ans, avec pour ambition de positionner Accra comme le hub incontournable de l’Afrique de l’Ouest.

Désormais principale compagnie aérienne du Ghana, Africa World Airlines (AWA) déploie progressivement son plan d’action. La compagnie a démarré ses opérations en septembre 2012 dans un ciel ghanéen fortement sollicité par la présence de quatre autres compagnies intérieures, à savoir Fly 540, Starbow, Citylink et Antrak. Ceci n’a pourtant pas découragé ses actionnaires qui se sont fixé de solides ambitions continentales comme l’indique le nom même de la compagnie.

Fondée à l’initiative de Togbe Afede XIV, roi de l’état d’Asogli (est du Ghana) et homme d’affaires, AWA compte parmi ses actionnaires SAS Finance, la sécurité sociale ghanéenne (Social Security and National Insurance Trust), le fonds China-Africa Development Fund et le chinois HNA Group, compagnie mère de Hainan Airlines.

Depuis sa base d’Accra, elle a débuté ses opérations avec deux ERJ 145 d’Embraer déployés sur trois lignes domestiques (Kumasi, Takoradi et Tamale). Après sept ans d’activité, le transporteur opère maintenant une flotte homogène de huit ERJ 145 avec un réseau régional en expansion. AWA relie quatre villes dans la sous-région à savoir Monrovia (Liberia), Lagos et Abuja (Nigeria) et Freetown en Sierra Leone. Afin de positionner son hub d’Accra comme un « feeder » privilégié, AWA a misé sur une stratégie d’alliances pour développer ses activités, faute d’avion long-courrier.

En début d’année, la compagnie a conclu un accord interligne avec South African Airways (SAA) pour bénéficier du réseau transatlantique et africain du transporteur national d’Afrique du Sud. Un accord similaire, mais à sens unique, a été signé en avril dernier avec Emirates et permet aux clients de la compagnie de Dubaï de se connecter au réseau d’AWA depuis son hub d’Accra. Plus récemment, AWA a également finalisé un accord interligne tripartite avec le transporteur togolais ASKY et Ethiopian Airlines.

Toutes ces initiatives se font évidemment ressentir sur les performances et les projections de la compagnie. À ce jour, AWA est la première compagnie aérienne du Ghana. Le transporteur opère plus de 1 300 vols par mois avec une moyenne de 50 000 passagers transportés. Elle se targue d’un taux d’exécution de plus de 95% des vols programmés.

Focalisée sur la croissance de son réseau, AWA ambitionne de s’étendre vers Abidjan (Côte d’Ivoire), Dakar (Sénégal) et Ouagadougou (Burkina Faso) dès l’année prochaine. Selon le responsable commercial de la compagnie ghanéenne, Richard Kyereh, Africa World Airlines prévoit d’ajouter des Embraer E190 afin de soutenir cette expansion. Le plan précédemment annoncé pour l’introduction des Airbus A319 reste toujours valable, a-t-il ajouté, sans spécifier de calendrier.

Dans ses efforts de dynamisation du hub d’Accra, AWA peut compter sur le soutien de l’État du Ghana qui a engagé un vaste plan national de modernisation des plateformes aéroportuaires du pays. Ainsi depuis octobre 2018, l’aéroport international Accra-Kotoka a mis en service son terminal 3. Financé par la Banque africaine de développement (BAD) pour près de 120 millions de dollars, ce nouveau terminal porte désormais la capacité de la plateforme à 5 millions de passagers par an. Accra traite actuellement près de 2 millions de passagers par an. Il se situe dans la même fourchette de trafic (2018) que ses concurrents régionaux directs que sont l’aéroport international Blaise Diagne de Dakar (2,3 millions de passagers) et l’aéroport international d’Abidjan (2,1 millions). Avec respectivement 6,7 et 4,6 millions de passagers par an, les aéroports nigérians de Lagos et d’Abuja dominent le marché de l’Afrique de l’Ouest.

Par ailleurs, l’aéroport international d’Accra s’apprête à accueillir un centre de maintenance dans le cadre d’une convention signée en août 2018 avec Egyptair Maintenance & Engineering, la filiale MRO de la compagnie porte-drapeau égyptienne. C’est un atout technique supplémentaire qui pourra contribuer à attirer davantage de compagnies aériennes vers la capitale ghanéenne, en plus de l’opérationnalisation du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) dont le Ghana est partie prenante.

Dans la même veine, le gouvernement a également procédé à la phase 2 de l’extension de l’aéroport de Tamale, la livraison du chantier est prévue dans trente mois. Les aéroports de Kumasi, Takoradi et Sunyani subissent aussi une mise à niveau. D’après le plan national de développement du tourisme, le pays espère attirer 2,45 millions de touristes d’ici 2022 et 4,23 millions à l’horizon 2027, une industrie qui représente aujourd’hui 3% du PIB national.

De toute évidence, il apparaît clairement que la plateforme d’Accra est sur la bonne voie pour se positionner comme une plaque tournante du transport aérien en Afrique de l’Ouest. En effet, depuis la cessation des activités de Starbow Airlines en novembre 2017, le départ de Fly 540, et les disparitions de Citylink et Antrak, d’autres transporteurs font également leur apparition sur le marché domestique, parallèlement au dynamisme actuel d’Africa World Airlines.

Passion Air a ainsi débuté ses activités l’année dernière avec la mise en service de deux Bombardier Q400 entre Accra, Kumasi et Tamale. Unity Air, une filiale du groupe de sociétés Unity a quant à elle décroché son certificat d’exploitation aérienne (AOC) en novembre 2018. Elle prévoit de commencer ses activités dans les prochains mois sur des liaisons intérieures. Enfin, la compagnie BabyJet Airlines du footballeur ghanéen Asamoah Gyan est également sur le point de démarrer ses activités, sa licence d’exploitation ayant été obtenue en 2017.

Mais la compagnie la plus attendue de toutes, c’est évidemment la future compagnie nationale du Ghana dont Ethiopian Airlines sera actionnaire dans le cadre d’un partenariat public privé (PPP). Le nouveau transporteur devrait faire son entrée dans le ciel ghanéen d’ici l’année prochaine. (Journal de l’Aviation, photo: Africa World Airlines)